Voici
le 2ème Web Bulletin paru sur le site Bien vieillir (adresse en fin d'article) à l'intention du Groupe d'entraide virtuelle IMOC/IMC.
-------------------------------------------
2ème Web Bulletin de Liaison du Groupe IMOC/IMC
Janvier 2012
Mathilde Pommier
– mathilde.pommier@dbmail.com
CRAINTES ET ATTENTES
des
FaMILLES, PROFESSIONNELS
et
PERSONNES POLYHANDICAPEES
Il y a une petite vingtaine d’années, un
groupe d’étude sur le polyhandicap (ce mot est ici à comprendre dans le sens plus large de : multihandicap, moyen ou sévère) s’est réuni au Centre
Technique National d’Etudes et de Recherches sur les Handicaps et les Inadaptations (CTNERHI) à raison d’une fois en moyenne par mois durant une quinzaine de mois. Ce groupe avait un
double but :
- « une réflexion ‘critique’ sur les connaissances et pratiques
existantes » concernant « l’accompagnement des personnes polyhandicapées »
- des « propositions pour développer des réponses adaptées aux besoins des
personnes polyhandicapées, de leurs familles et des professionnels ».
Ce travail a été concrétisé en une
publication d’Elizabeth Zucman de 261 p. : « Accompagner les personnes
polyhandicapées », aux éditions du CTNERHI. L’ouvrage est intéressant, instructif, facile à lire et à consulter sur le site du CTNEHI, et téléchargeable gratuitement d’un simple
clic.
Pour ce 2ème Web Bulletin, je
m’intéresserai plus particulièrement au passage (p.53 à 57) qui se préoccupe des attentes et des craintes tant des familles que des professionnels et des patients eux-mêmes, et comment faire pour
les harmoniser.
Le groupe d’études (25 personnes et 30
« invités », médecins, équipes de soignants, associations de patients et de familles) a d’abord écouté des parents, représentants d’associations et équipes d’établissements
pour enfants ou adultes. A noter que les principaux intéressés, les patients eux-mêmes, n’ont pas été consultés. L’auteur résume de façon claire et précise l’essentiel des attentes et craintes
des uns et des autres, « et quelques-unes des options qui en découlent ».
CRAINTES ET ATTENTES DES FAMILLES
Pour bien les comprendre, il importe de se
rappeler qu’il s’agit de « familles d’aujourd’hui » (et encore plus en 2012 qu’il y a vingt ans !) formées de citoyens et de consommateurs, des familles qui n’acceptent
plus d’être « objets » et « agis », mais revendiquent d’être « sujets » et « acteurs ». D’où une volonté forte de « connaître et participer
activement à ce qui se fait pour leur enfant »
La place de l’enfant, fruit d’une procréation
volontaire, est plus importante que jamais, et la souffrance, la révolte en sont d’autant plus grandes quand cet enfant s’avère être handicapé, douloureux, en échec.
La famille d’aujourd’hui, et de plus en plus,
est généralement restreinte, isolée, parfois incomplète, ou recomposée, souvent petitement, voire mal logée.
Au « ‘deuil’ de l’enfant bien
portant impossible à faire », s’ajoutent les révélations progressives des déficiences de leur enfant ; la quête, en forme trop souvent de parcours d’obstacles, d’une première prise
en charge, recommencée à chaque nouvelle étape ; le manque d’équipements et particulièrement d’équipements proches, donc de choix, d’où parfois l’obligation d’une séparation
lointaine.
Cette souffrance lourde, quasi insupportable
et pourtant à supporter, les parents ont un besoin vital de la voir « reconnue, respectée plutôt que soupçonnée » par les soignants et personnels sociaux aussi bien que par
d’autres parents.
A cela s’ajoutent des craintes
particulières et tout à fait justifiées : crainte de finir par s’épuiser ; crainte de voir refusée l’aide d’un internat quand l’enfant grandit ; crainte de trop demander à la
fratrie et/ou de trop négliger celle-ci.
Et, étant donné leur propre épuisement,
crainte que leur enfant ne souffre de la fatigue et du découragement des équipes, auxquels ils sont forcément sensibles et attentifs. Ce qui engendre malentendus et conflits.
Crainte enfin que leur enfant sans défense
soit victime de maltraitances et/ou abus sexuel, crainte épisodiquement et complaisamment ravivée par l’actualité.
« Les attentes des parents
d’aujourd’hui vont dans le même sens : [ que l’enfant soit] ‘d’abord un enfant’ », avant d’être un handicapé. Leur dynamisme et leur optimisme surprend parfois les équipes. Ils se
battent à la fois pour garder leur enfant intégré le plus longtemps possible et l’amener progressivement à vivre sans eux. Et Elisabeth Zucman de conclure :
« On peut espérer qu’ils construisent là une confiance en eux-mêmes, dans l’enfant
et dans les lieux d’accueil qui leur permettra de vivre avec moins d’inquiétude la prise en charge en établissement spécialisé ».
J’ajouterai, au vu de mon vécu et de celui de
bien d’autres (confidences, forums, partages de bonnes adresses, etc...) que l’expérience des parcours d’obstacles et de désillusions fortes, ainsi que de ces moments où, enfin, on a trouvé aide
efficace et humanité, forge des personnalités fortes, tenaces, étonnamment résistantes et prudentes ! Sauf certains parents qui s’en avèrent incapables, et il y en a certes, on fait pour un
enfant ce que jamais on ne ferait pour personne d’autre. Culpabilité ? Ou plutôt ce comportement sans lequel l’espèce n’existerait pas ou disparaîtrait et que nous partageons largement avec
bien des animaux ? Poules, hirondelles, animaux bien inoffensifs (sauf pour insectes et vermisseaux) comme chacun sait, peuvent s’avérer fort dangereuses quand leurs petits sont
menacés et mettre en fuite chats et chiens. Ce qui n’exclut pas incompétence, maltraitance et désintérêt aussi chez certains parents animaux...
ATTENTES ET CRAINTES DES PROFESSIONNELS
« Pour les professionnels, la
personne polyhandicapée est avant tout le sujet de leur professionnalité », de l’acquisition des savoirs au métier lui-même. Or, leur profession est généralement épuisante, et
« le polyhandicap déjoue journellement leurs efforts ». La désespérance qui s’en suit, surtout quand elle est non dite, peut rendre difficile la vie et le fonctionnement d’une
équipe.
Les professionnels attendent donc des
parents de voir reconnue la valeur de leur travail, y compris quand les résultats s’avèrent minimes et/ou lents.
D’autre part il peut arriver que certains
d’entre eux passent insensiblement du désir de voir respecté leur travail « à une volonté parfois farouche de protéger le lieu (l’institution) et le sujet de leur travail (la personne
polyhandicapée) de la présence des parents, ressentis comme une menace d’empiètement sur leur territoire et comme une mise en tutelle abusive de ‘leur’ enfant et pourquoi pas ? parfois
d’eux-mêmes. » Ce phénomène s’appuie sur d’excellentes justifications théoriques : pour avancer, la personne polyhandicapée ne doit-elle pas conquérir son autonomie psychique par
rapport à ses parents, n’a-t’elle pas besoin de distinguer son territoire (confondu avec celui de l’institution !) de celui de ses parents ?
En réalité, derrière ces vérités
affichées, se jouent « des rivalités affectives inconscientes ». Parents et professionnels se disputent sans se l’avouer le droit
de s’attacher à la personne polyhandicapée.
J’ajouterai que les rivalités sont les
mêmes, quoique plus violentes dans le cas d’un enfant handicapé, et tout autant non dites, que celles qui peuvent parfois opposer enseignants et parents. Et quelquefois, il s’agit plus d’emprise,
tant de la part de la famille que de certains professionnels, que d’attachement.
CRAINTES ET ATTENTES DE LA PERSONNE
POLYHANDICAPEE
Les personnes polyhandicapées n’ont pas
été consultées directement par le groupe. Mais, en s’appuyant sur « le simple bon sens commun » et « les multiples signaux recueillis auprès de personnes
polyhandicapées et d’autres en situation similaire de dépendance », l’auteur, et sans doute le groupe, se considèrent comme autorisés à penser que les personnes polyhandicapées
ont :
-
une crainte : perdre l’amour, l’attachement, l’attention des uns et des autres
-
une attente : voir leur autonomie affective et personnelle reconnue, que dépendance ne soit pas appartenance
Quant à la « divergence des deux
regards posés sur eux », elle ne leur est nullement préjudiciable. Sauf quand elle est conflictuelle.
Elle leur devient bénéfique quant il y a
respect et confiance mutuels entre leurs parents et « leurs » professionnels.
A noter que ceux-ci ne sont pas
interchangeables pour eux et que ces patients ont un besoin vital de pouvoir faire confiance aux uns et aux autres.
J’ajouterai que, depuis vingt ans,
l’habitude s’est prise, dans les établissements, de considérer les professionnels d’une même discipline comme interchangeables, et que le temps leur est de plus en plus
compté.
Et je note qu’encore une fois, on ne donne
pas la parole aux patients à propos d’un sujet qui les concernent en premier lieu mais qu’on parle pour eux.
COMMENT FAIRE POUR QUE CHACUN Y TROUVE SON
COMPTE
En 1989, il a été noté dans le
Code de l’action sociale et des familles que les familles devaient être : informées, associées à l’action et
soutenues.
L’auteur, et sans doute le groupe,
s’interrogent sur la possibilité que ces trois exigences puissent bénéficier aux trois partenaires.
Patients, familles et professionnels doivent être informés :
Ceux qui ont osé le faire ont eu la
surprise de voir comme leurs patients, enfants et adultes, saisissent clairement l’essentiel et du diagnostic et des projets les concernant ; à condition que l’on prenne la peine de
s’adresser « directement à eux, lentement et en termes simples ». Et de constater que « cette information n’est pas anxiogène mais plutôt
mobilisatrice ».
Il en est de même pour les parents et les
professionnels quand le même message est donné simultanément aux divers partenaires.
J’ajouterai que, pour ma part, ce qui me
surprend, ce n’est pas l’intelligence des patients et des parents pour ce qui les concerne directement, mais que cela surprenne les équipes...
Patients, familles et professionnels doivent être associés à l’action :
Pour cela, chacun doit se savoir, se sentir
invité de façon claire et explicite à prendre une part active et selon ses capacités au projet commun.
Cette union des forces augmente l’efficacité,
allège le fardeau de chacun et fait cesser rancœurs et replis sur soi de ceux qui sont d’ordinaire laissés de côté.
J’ajouterai que ce constat ne me surprend
vraiment pas, mais que ce genre de partenariat est délicat à mettre en œuvre, exige attention et intelligence humaine.
Patients, familles et professionnels doivent être soutenus :
Pour chacun des partenaires,
« l’information et l’action partagée sont déjà des formes majeures du soutien. La libre parole en est une autre. »
J’ajouterai que l’inverse peut vite
ressembler à une forme de maltraitance.
E. Zucman conclue : « Sur le
partage de ces trois exigences peut se fonder un véritable partenariat ».
On ne peut que partager son
opinion.
Dans ces deux dernières décennies, il y a
eu des progrès dans ce sens, . Mais il y a des endroits où il reste beaucoup à faire. La hiérarchisation reste la norme. L’intelligence humaine n’est pas valorisée lors des formations médicales.
Les conditions de travail s’aggravent et aggravent les conditions de vie de tous. Et la méfiance, voire le soupçon, est devenue un fonctionnement assez général.
Il est donc d’autant plus précieux, pour
chacun, de mieux appréhender les craintes et les attentes des autres, de mieux comprendre leur point de vue, le pourquoi de telle ou telle attitude. C’est la base d’un partenariat utile. Et, j’en
suis actuellement un témoin émerveillé, la base d’une thérapie vraiment efficace.
CTNERHI : www.ctnerhi.com.fr
Pour télécharger : « Accompagner les personnes
polyhandicapées » :
www.ctnerhi.com.fr/fichiers/ouvrages/236.pdf
http://bien.vieillir.perso.neuf.fr/groupe_virtuel_imoc-imc.htm
Derniers Commentaires